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(article via le monde)

Si la cuisine vient du cœur, la musique vient de l’estomac. » Ces paroles du morceau Je ne mâche pas mes mots, je les ressens profondément. J’étais déjà sensible à la cause du bien-manger avant d’avoir des enfants, mais la maternité m’a encore plus éveillée aux questions alimentaires. J’ai découvert le bonheur de nourrir avec mon corps, grâce à l’amour d’un homme, que je raconte dans Fontaine de lait : « Et voilà que je fais/Une fontaine de lui/Et voilà que je suis/Une fontaine de lait. » Allaiter est sûrement l’une des plus belles choses que j’ai jamais vécues, une expérience fondamentale et une grande sensation de liberté.

Aujourd’hui, mes enfants ont 7 et 4 ans, et je m’interroge beaucoup sur ce qui est nourricier – la nourriture première, comment elle a poussé, comment elle est cueillie, l’énergie vitale, qui est aussi de l’information. Les produits industriels, surtransformés et suremballés, c’est de la désinformation, une déperdition d’énergie et de vie. L’industrie poussée à son paroxysme est morbide, elle ne crée rien de vivant. Tandis que, si tu plantes un pommier, ça germe, ça pousse, ça se démultiplie. Un pommier produit des milliers et des milliers de graines, pour engendrer de nouveaux arbres. C’est tellement émouvant, tellement fort toutes ces graines. C’est cela qu’il faut manger.

Je dis ce qui me paraît être le bon sens, ce qui me convient à moi. Je ne suis pas donneuse de leçons, mais, vu l’état du monde, on devrait quand même arrêter les steaks. Et aussi arrêter de manipuler et de privatiser le vivant. En chantant Seeds en concert, l’autre jour, je me suis rendu compte que je me parlais à moi-même. « How can you buy them/[…] How can you spoil them ? » (« comment peux-tu les acheter/comment peux-tu les gâcher ») – parce que j’ai acheté des graines pour faire mon potager et que déjà, ça, c’est obscène. La nature nous donne ses graines gratuitement. On ne devrait ni les acheter ni les vendre. Et tout le monde devrait pouvoir devenir autosuffisant en matière de nourriture…

J’apprends à « dé-cuisiner ». Je ne stresse plus si je n’ai pas le temps de faire à manger. Ce n’est pas grave si un jour on fait un repas de tartines, de légumes crus, d’une simple soupe. J’essaie de me rapprocher des choses premières. Pour le goûter, on mange des fruits – les gâteaux, c’est pour les fêtes. Mais il fallait quand même trouver un truc attrayant pour les enfants, pour remplacer cette fameuse pâte que tout le monde adore. C’est comme ça que je me suis mise à faire du dattella, une pâte à tartiner sans sucre, sauf celui des fruits. C’est une invention machiavélique pour plaire aux enfants… Et que j’aime autant qu’eux.

https://www.lemonde.fr/m-gastronomie/article/2018/03/23/recette-le-dattella-de-camille_5275474_4497540.html